lundi 8 mars 2010

Article paru sur le site de l’APS (Agence Presse Sénégalais)

Théâtre : l’Association FOTTI démarre sa nouvelle promotion d’artistes de l’année

24/02/2010 11:02 GMT

Kaolack, 24 fév (APS) - Le premier atelier de la nouvelle promotion d’artistes pour l’année 2010-2011 s’est ouvert récemment au centre culturel régional de Kaolack (centre) sur le thème : "Comment le comédien s’inscrit dans l’image scénique", ont annoncé à l’APS ses promoteurs.

Cet atelier s’inscrit dans le cadre d’accords mixtes entre le gouvernement du Sénégal et la Communauté française de Belgique, appris l’APS, mardi à Kaolack.

Ce premier d’une série de six ateliers à dérouler, est d’ailleurs dirigé par le belge Fabrice Murgia, auteur, metteur en scène et comédien formé au Conservatoire supérieur de Liège.

L’atelier regroupe dix artistes dont trois filles, venus des régions de Ziguinchor, Louga, Fatick, Kaffrine et Kaolack. Il est organisé, en partenariat avec le centre culturel régional, par l’Association FOTTI.

Cette structure d’artistes et d’acteurs sénégalais est fondée en 2008, précise son directeur artistique, Younous Diallo, rencontré, mardi, à Kaolack, en présence de la Directrice du Centre culturel régional, Ndèye Nd. Sagne.

L’Association se veut un projet pilote qui ambitionne à terme de s’ouvrir à la sous-région et à l’Afrique. Elle vise, dit-il, à "donner un nouveau souffle à la création artistique contemporaine au Sénégal par une approche professionnelle, engagée, ouverte au monde et fondée sur la rencontre des cultures".

FOTTI qui opte pour une école itinérante de formation en arts de la scène, axe ainsi ses activités dans les régions avec une pédagogie fondée sur la rencontre et l’échange à partir d’une diversité des expériences artistiques et culturelles et d’une réflexion approfondie sur la transmission du patrimoine traditionnel des arts de la scène.

Il s’agit, selon M. Diallo et M. Murgia, d’éveiller chez les comédiens-stagiaires l’envie et la nécessité de parler à des publics avec des langages et des points de vue singuliers.

Une présentation publique est d’ailleurs prévue à l’issue de l’atelier de dimanche prochain, au centre culturel régional. La participation des artistes stagiaires à cette formation avait fait l’objet d’abord d’une présélection au niveau de leurs centres culturels respectifs puis d’une rigoureuse sélection par l’association.

Déjà en 2008-2009, FOTTI a organisé six sessions d’ateliers à Kaolack, Louga et Ziguinchor pour dix autres comédiens-stagiaires qui ont suivi l’intégralité du programme.

Six des dix artistes-comédiens-stagiaires ont été retenus et font partie aujourd’hui de la Compagnie de théâtre JUNO de FOTTI ayant interprété, "Serisse" avec Arsenaal.

Il est d’ailleurs attendu, révèle-t-on, en mai prochain au Sénégal. Deux autres de ces comédiens-stagiaires sont allés en formation à Ouagadougou.

Outre le ministère sénégalais de la Culture et les centres culturels régionaux, l’association a bénéficié dans son programme de formation, du soutien de partenaires internationaux comme l’Organisation internationale de la Francophonie, Wallonie Bruxelles International, AFRICALIA et Talaata ASBL.



MS/SAB


mardi 2 mars 2010

Dimanche 28 février & lundi 1 mars

Aujourdh’hui c’est the day. La maison des artistes-stagiares est sens dessus dessous dès le matin. Les stagiaires ont pris le conseil de Younouss et Fabrice au sérieux. Ils veulent utiliser cette présentation comme occasion de leurs montrer ce qu’ils ont appris ces dernières semaines. Pendant que les stagiaires se consacrent à leur préparation physique et mental, le public commence à arriver. Finalement, il y a un public d’une trentaine de personne, dont le gouverneur de la région de Kaolack, des représentants de presse et d’artistes d’autres compagnies de théâtre de Kaolack.




Après avoir parcouru les formalités habituels, tout le monde entre dans une salle totalement obscure. On s’installe pour une représentation brève mais puissante. Quand les lumières s’allument après vingt minutes, les applaudissements retentissent. Les acteurs-stagiaires n’ont pas exagéré. Ils ont vraiment utiliser toute l’énergie qu’ils avaient en eux. Bref, ils ont droit à une petite fête. Après la réception (avec des boissons non-alcoolisé pour les musulmans bien sur), rire, soulagement…

Le premier mars, il y a l’évaluation des stagiaires. L’un après l’autre nous racontent comment ils ont vécu les deux semaines passées, leur travail etc. Ils ont tous constaté qu’ils avaient encore beaucoup de travailà faire. Fabrice et Younouss leurs donne du feedback. Ils disent que les stagiaires ont tous progressé à un certain point – quelques uns ont vraiment fait une belle évolution. Cependant, ils ont tous encore beaucoup de travail à faire. On leur demande de continuer à travailler pendant les deux mois suivants. Chacun a des tâches pour s’améliorer : prononciation et articulation, connaissance du français, culture général, etc. Younouss insiste pour que les stagiaires s’investissent vraiment. Comme comédien on a l’opportunité de briser des tabous et de mettre en avant des problèmes délicats. Les artistes-stagiaires doivent saisir cette opportunité. En gros, les stagiaires devraient avoir beaucoup plus de discipline et de rigueur pour arriver à un certain professionnalisme.

Vendredi 26 & samedi 27 février

Après le training physique habituel, tous les stagiaires se sont rassemblé dans la grande salle. Son et lumière sont mis au point et on se retrouve dans un silence pesant. Les comédiens-stagiaires prennent leur temps pour se concentrer. Dans quelques minutes ils présenteront le travail qu’ils ont fait ces dernier jours. Je profite de ce temps en pensant à la première fois qu’on a rencontré ces acteurs. C’est pendant les auditions en décembre 2009 et janvier 2010. C’est clair que certain d’entre eux étaient doué. D’autres étaient trop timide, ne montrant pas grand-chose. Pour chaque candidat, on s’est posé la question « Pourquoi veulent-ils faire cette formation? Est-ce que c’est parce qu’ils le considèrent comme une possibilité de voyager en Europe ? Ou est-ce qu’ils ont vraiment le désir de revitaliser le théâtre sénégalais ? » Ceux qui nous ont convaincu de leurs envie en plus de leurs talent, sont ici aujourd’hui avec nous.



Pendant la présentation on voit le progrès qu’ils ont fait. Pourtant, il y quelque chose qui manque. Fabrice les rassemble pour clarifier le contenu de la pièce. Ils leurs explique la petite histoire et la grande histoire de la pièce.

Le samedi, on fait un filage technique pour perfectionner le son, la vidéo et la lumière. Les moyens du Centre sont limités et cela se traduit en une infrastructure technique vétuste. Ameth a du donc pousser les choses à l'extrême pour cet atelier dans le quel la lumière, le son et la vidéo sont tellement important. Pour Fabrice et pour Younouss ces éléments sont indispensable dans le théâtre contemporain. Ameth court dans tous les sens pour faire de son mieux.



Entretemps les artistes-stagiaires continent à travailler leurs scènes. A la dernière minute, deux acteurs changent de rôle. On décide de jouer une des scènes en wolof parce que ça semble plus naturel. Les dialogues sont misent au point. Vers dix-sept heure on fait une répétition générale. Le résultat est décourageant. C’était peut-être parce que les stagiares se sentaient trop nerveux. On voit que les artistes-stagiaires ne s’amusent pas sur scène.


Younouss et Fabrice décident de passer par la maison des artistes-stagiaires pour les dernières lignes directives et pour encourager les comédiens-stagiaires. Pour Younouss les stagiaires devraient avoir plus de discipline et de rigueur. Un comédien doit être engagé. Il doit faire son métier avec une grande envie même si ça demande beaucoup de travail. Ce travail doit être fait avec plaisir. Leur derniers conseils aux stagiaires est qu’ils doivent s’amuser sur scène : « Amusez-vous ». Les stagiaires passent les dernières heures qu’ils leur restent à répéter pour le lendemain.

samedi 27 février 2010

Mercredi 24 & jeudi 25 février

Comme toujours on commence la journée avec le training physique. Les stagiaires n’ont jamais envie de faire ce training car il est énormément épuisant, surtout avec des températures d’au moins 40°C (aujourd’hui il fait même 46°C !). On voit les artistes-stagiaires souffrir pendant ces deux heures. Pourtant, ce training est très important.


Pour Kabila ce training physique est un entrainement qui travaille sur le physique, le mental et la psychologie des comédiens-stagiaires. Un acteur doit pouvoir plonger dans un personnage immédiatement. Il a à sa disposition son corps et sa voix comme instruments principaux. Cela implique qu’il doit savoir comment utiliser ces instruments.

Le corps est essentiel. On doit l’utiliser d’une façon très sensoriel. Un comédien doit pouvoir capter la force qu’ il a en lui et de la faire sortir. Il y a aussi le travail des cinq sens. Aussi, les stagiaires travaillent sur l’équilibre du plateau et l’occupation de l’ espace. Kabila explique que quand on est sur le plateau il y a toujours une relation triangulaire. Le comédien doit être conscient de lui-même, des autres comédiens sur la scène et du public dans la salle. Le comédien doit vraiment être sur le plateau avec toute sa conscience .

La voix aussi est un instrument essentiel pour l’acteur. Ça veut dire qu’on travaille aussi sur la respiration, l’articulation et la prononciation. Tous les stagiaires savent lire et écrire en français sans problèmes. La prononciation laisse par contre beaucoup à désirer. Comme comédien il est essentiel de parler d’une manière claire. Ce n’est pas possible d’apprendre cela en deux semaines mais on veut quand-même donner aux stagiaires les principes de base avec lesquelles ils peuvent travailler.



Pendant l’après midi, on travaille sur le dispositif scénique. Fabrice ne veut pas suivre une disposition conventionnelle parce que ça limite les possibilités. En abandonnant ces restrictions, il y a tout d’un coup un large éventail de possibilités. Cela demande bien sur une mise en scène adaptée. Jeudi, le travail continue. Les textes sont révisés, les costumes sont assemblés, la vidéo est montée, la musique est sélectionnée, etc.

jeudi 25 février 2010

Lundi 22 & mardi 23 février

Le lundi matin Fabrice présent les stagiaires le concept de la pièce qu’il voudrait montrer le dimanche prochain. Le fil rouge par rapport à l’histoire et par rapport à la conception est trouvé mais il reste beaucoup de travail à faire. Les textes doivent encore être écrit, le décor doit encore être fabriqué etc. C’est aux artistes-stagiaires de faire tout cela, avec l’aide de Fabrice, Younouss et Kabila bien sur.

Fabrice dit que pour un comédien c’est très important d’être polyvalent. Un comédien ne doit pas seulement exécuter. Il doit contribuer activement à la pièce. Ça veut dire qu’il doit poser des questions, faire des propositions etc. On retrouve cette idée dans le texte de Joël Pommerat qui a été distribuer aux stagiaires. Un acteur ne peut jamais traiter un texte comme objet sacral. Il doit oser prendre le texte en main et le changer si nécessaire. « Un acteur n’est pas seulement un interprète. Il doit y avoir un échange entre metteur en scène et comédien. »



Pour Pommerat la mise en scène fait également parti de l’écriture. “Le texte se chargeait du langage de la parole, la mise en scène prenait en charge tous les autres langues, les autres signes, visibles ou pas, audibles ou pas, et leurs résonances entre eux. Et tout cela c’était l’écriture. et c’est tout cela qui composait le poème dramatique. » C’est pour ça que Fabrice veut que les stagiaires contribuent aux décor, costumes, musique, lumière etc.





Pendant l’après midi on a un petit point de presse. Younouss parle du projet de FOTTI. La formation d’un petit groupe d’artistes fait parti d’un plus grand projet. Les comédiens-stagiaires qui participent aux workshops, sont encouragés eux-mêmes à devenir des formateurs de théâtre, de fonder leur propre compagnie, de devenir des porteurs de projets. FOTTI veut que le théâtre sénégalais regagne le respect qu’il avait au niveau mondial dans les années 1980. Cela implique qu’on doit faire un théâtre nouveau qui puisse intéresser le monde entier. Younouss explique: « Le théâtre contemporain est universel. »








Fabrice explique ce qu’il l’a attiré dans le projet de FOTTI: « Le niveau qu’on veut obtenir avec ces workshops est le même que dans des conservatoires mais ici les cours sont beaucoup plus condensés. Pour un metteur en scène comme moi, c’est intéressant de travailler d’une manière assez rapide et efficace. Ceci est une des forces de FOTTI. Les metteur en scène qui participent à ce projet sont vraiment de gens qui sont dans le travail.»

Pour Fabrice l’atelier est pour lui aussi une façon de réapprendre des choses. « J’ai demandé aux comédiens de me raconter des cauchemars de leur enfance. Leurs cauchemars sont tout à fait différent de chez nous. Je ne les comprends pas tout de suite et ça me force à chercher des réponses. Je suis en train de redécouvrir le comédien. »


Le mardi le travail est dense dans le CCR. Les artistes-stagiaires sont occupés à écrire des textes, ils rassemblent du matériel pour les costumes, ils chipotent au décor, à la lumière et au son. En plus, il leur faut encore répéter plus. Fabrice insiste pour qu’ils jouent d’une manière naturelle. Ils doivent s’exercer au niveau de la prononciation, l’articulation et l’intonation. Le temps aussi est très important. Les comédiens doivent parler en collant leurs répliques. Ils doivent savoir quand parler à haute voix et quand insérer un silence. « La voix n’est pas là pour remplir le silence, mais pour sculpter le silence » selon Fabrice.